L'île aux moutons - Ch. 16 : Mousa

Publié le par l.ile.aux.moutons.over-blog.com

Mousa

 

I

 

- Allo?

- Thomas? C’est moi.

- Quoi?

- C’est moi Pauline.

- Ah non! Ça ne va pas recommencer!

- S’il te plaît va allumer ton ordinateur. Allez bouge!

- Il est…

- …Trois heures du matin, oui je sais.

 

            La paix était revenue sur l’île et dans les cœurs de chacun. Tous ceux qui avaient été mêlés de près à cette histoire reprirent leurs habitudes de vies, certains avaient eu des réponses, d’autres restèrent avec leurs questions. Kurt et Pauline coulaient des jours agréables. Jim vaquait à ses occupations de retraité, ne manquant pas de passer régulièrement chez Anna qui avait repris en main le croft des Fraser, pour lui prêter main forte comme il l’avait fait avec son neveu auparavant. Pour le cheptel, elle se contentait de sortir et rentrer les bêtes, pour le reste elle s’était arrangée avec d’autres crofters pour qu’ils s’en occupent, charge à eux de se le partager le jour où elle ne serait plus là. Après les remous et la tragédie de cet été chacun aspirait à la tranquillité et appréciait à sa juste valeur le calme reposant de la douceur automnale qui s’installait.

            C’est ce que Kurt et sa compagne auraient voulu, que tout reprenne un cours normal mais quelques heures avant cet appel de Pauline à Thomas, un message était arrivé. Un de plus. Kurt avait crié « ça ne s’arrêtera donc jamais » au point que cela avait réveillé Pauline qui s’était assoupie dans le canapé pendant que lui avait décidé de consulter sa boîte mail avant d’aller se coucher. Le message n’était qu’un symbole qui n’évoquait rien pour eux. Ils essayèrent de consulter l’une ou l’autre cyber-encyclopédie mais ils ne trouvèrent rien. Il ne savait pas où chercher pour trouver une figure géométrique ressemblant à un sablier couché ou même pourquoi pas un papillon ou encore, deux triangles mis bout à bout.

            Le bon Thomas avait décidément bon caractère, même s’il avait un sens aigu de l’amitié d’autres auraient peut-être été bien moins patient surtout avec une ex-petite amie. Les livres sur la mythologie qu’il avait lu au cours de ses études se révélèrent d’un précieuse utilité. Quelques copains lui avaient souvent demandé ce que l’ethnologie et la mythologie pouvait avoir en commun. « Peut-être pas grand-chose allez savoir mais moi, ça m’intéresse. » En fait, il avait toujours eu la conviction en lui que la mythologie était un élément de toute civilisation et qu’en étudier les mécanismes était essentiel.

 

- C’est Dagaz.

-…me voilà bien avancée.

- C’est une rune nordique du futhark, elle symbolise la lumière des dieux, la vie. Elle est liée à la pureté, elle représente un but de perfection un peu comme le nirvana chez les bouddhistes. C’est l’objectif à atteindre, Dagaz est la pureté totale qu’il faut réussir à incarner avant de mourir sinon, il faut retourner sur Terre et recommencer pour réessayer.

- Bien, merci. Une fois de plus tu as trouvé l’explication…

- Mais ça ne t’avance à rien, c’est ça?

- Oui c’est ça.

- N’empêche! Les coïncidences quelques fois, c’est ahurissant!

- Que veux-tu dire? Demanda Pauline intriguée.

- Il y a quelques semaines, sur un des forums que je fréquente il y a un des membres qui nous demandait si nous connaissions la signification de ce signe…le même que tu viens de me montrer…c’est drôle non?

- Ouais, si tu le dis…

 

            Et elle raccrocha sans autre formule. Perdue dans ses pensées et dans son énigme elle en avait oublié la politesse élémentaire. « Encore un mystère » se dit-elle. Ça devenait un peu routinier ces derniers temps. Kurt s’empressa de vérifier l’explication de Thomas. Pas de doute, il s’agissait bien de ça. Depuis début juin, ces manifestations étranges avaient toujours eu une suite et la raison même de leur existence avait été plus ou moins rapidement révélée. Il proposa à sa compagne de jouer la carte de la patience. Il n’y avait rien à faire d’autre qu’attendre. Et cela arrangeait bien Kurt qui en avait un peu assez de tout ça pour le moment.

            Thomas qui venait de reposer son téléphone, pesta intérieurement en pensant à Pauline qui ne prenait aucune pincette avec son ancien fiancé en le tirant de son sommeil sans ménagement et en lui raccrochant quasiment au nez.

            Il n’eut pas le temps de se laisser emporter. Son envie de rendre service à Pauline lui avait fait oublier le reste. Un message à l’expéditeur inconnu avait atterri dans sa boîte mail. « Tiens ça me rappelle quelque chose ça » songea-t-il. Comme il avait consulté sa messagerie le vendredi soir et qu’il y avait fait le ménage, il n’y avait pas grand-chose d’autre à cette heure indue. Il ouvrit le message et commença à sourire. Il double-cliqua sur l’icône du logiciel de son atlas et vérifia, son sourire s’agrandit encore en pensant à ce qu’il allait faire, et c’est non sans une certaine délectation qu’il téléphona à son ex-petite amie, pas moins d’une demi-heure après car il espérait bien la tirer du lit à son tour, mais il en fut pour ses frais. Il l’informa donc laconiquement qu’il allait revenir incessamment sur l’île car il avait reçu une série de chiffres et de lettres dont il avait immédiatement su quoi faire. La vérification ayant confirmé qu’il s’agissait des coordonnées exactes de « North Lighthouse Lodge » ce qui voulait dire qu’il devait s’y rendre. Pas de doute dans son esprit.

            Alex était resté couché. Il avait entendu le téléphone mais avait fait semblant de continuer à dormir, Thomas le savait bien et s’était levé seul pour répondre. En se recouchant, il s’approcha d’Alex, qui ne s’était pas tout à fait rendormi et qui était sûr son côté gauche, pour se coller contre son dos et faire épouser à son corps, la même forme que le sien. Il passa son bras sous le sien pour le poser sur son buste et l’embrassa dans le cou. Les deux amants se rendormirent ainsi.

 

            Reg’Ilba avait, sur ordre des instances supérieures, lancé quelques invitations à sa façon, histoire de donner un petit coup de main à la Tradition.

 

            A quelques kilomètres du domicile parisien de Thomas, à Villejuif, au matin, le professeur Berger recevait son ami et patient pour l’occasion, le docteur Lance Dewey. Ce samedi matin, le professeur avait prévu autre chose que travailler. Bien qu’étant nettement plus jeune que le couple de médecins écossais, le professeur avait eu l’occasion de rencontrer Lance dans un de ces fameux congrès d’experts et les deux spécialistes s’étaient découverts des atomes crochus.

            « Nous avons des traitements efficaces aujourd’hui contre la maladie de Hodgkin » avait dit Berger à son collègue. Dans beaucoup de cas oui, même à un stade avancé mais chez Lance, le protocole n’avait pas donné satisfaction. Peut-être l’âge, peut-être un patrimoine génétique particulier? Lui et Mégane s’y étaient préparés, en tant que médecins, ils avaient bien compris dès les premiers signes, que la guérison serait difficile car même si ce cancer se traite bien, cela reste néanmoins un cancer, une maladie dont les zones d’ombre sont encore nombreuses. Bien sûr, Berger proposa d’autres traitements, la recherche faisait de constants progrès et il avait la possibilité de proposer des médicaments expérimentaux mais Lance décida que c’était assez. Il avait travaillé dur toute sa vie, se dépensant sans compter pour les autres et faisant partie des privilégiés, il ne craignait pas d’aller prendre un repos bien mérité.

            Le traitement du professeur Berger l’avait, malgré tout, remis sur pied temporairement et il ne voulait plus traîner davantage à l’hôpital. Malgré les arguments du cancérologue, Lance avait de son côté donné une interprétation toute personnelle à ce qu’il considérait comme un message à sa manière. Le fait que la maladie survienne, que Harry débarque comme ça, sans prévenir. Tout cela avait une signification qui ne lui échappait pas, il était aussi devenu un adepte des raisonnements logiques reposant sur une certaine forme d’irrationalité depuis la nuit du 4 mai 1965 et le fait de se sentir aussi en forme ne fit que confirmer sa conviction « qu’on » l’attendait et qu’il fallait qu’il s’y rende et quelles que soient ses intentions, les modalités de son voyage avaient déjà certainement été réglées. Pendant toute la durée du séjour de Lance à Paris, Mégane avait eu le temps d’organiser complètement et minutieusement leur migration vers l’île. Un train attendait de les emmener à Calais, de là, ils avaient décidé de prendre le bateau jusqu’à Newcastle puis, ce serait la grande balade à travers l’Écosse en voiture de location, jusqu’à Inverness avec une soirée étape à Oban et enfin, direction les îles Shetlands où les attendait un vieil ami.

            Berger savait que c’était la dernière fois qu’il voyait Lance et le prit dans ses bras en lui souhaitant bonne chance. En voyant partir le couple, il ne put s’empêcher de penser à cet instinct animal qui pousse certains individus à vouloir rentrer pour mourir à la maison.

            Harry ne s’était pas éternisé au Niger, il avait voulu prévenir ses amis qu’ils auraient bientôt à reformer le cercle et c’était chose faite. Seule l’obsédait depuis son retour, la pierre polie et son symbole dont il ne connaissait pas encore la signification à ce moment. Ce fut donc l’occasion de mettre à profit tous les abonnements qu’il avait contractés sur Internet lui donnant accès à toutes sortes de bases de connaissances, des encyclopédies en lignes, certaines payantes, d’autres gratuites. Il y avait aussi toute cette fraternité cybernétique qu’il avait créée autour de lui avec des hommes et femmes d’horizons divers et dispersés à travers la planète. D’ailleurs cette diversité était telle qu’il pouvait aborder presque n’importe quel sujet, il se trouvait toujours quelqu’un dans les proches Hébrides ou la lointaine Tasmanie pour entamer la discussion puis automatiquement, venait se greffer à un moment ou à un autre, un spécialiste du problème traité qui trouvait finalement sa solution. C’est ce qui se passa un peu moins d’une semaine à peine après son retour de voyage en Afrique.

            Ce soir là, Harry brûlait d’envie de raconter à ses amis internautes son périple. C’était sa première et, vu son âge, probablement dernière visite sur ce continent. Ce n’était pas l’envie qui lui manquait d’y retourner, il avait le sentiment qu’il y avait beaucoup à découvrir. Malgré le peu de temps passé là-bas, il avait tout de même trouvé le temps de voir certaines choses à Niamey comme la fameuse Mosquée mais, Harry n‘était plus tout jeune et les climats extrêmes de l’Afrique ne sont pas supportables par tous et de toute façon, il n’avait jamais été un grand adepte des voyages, il n’avait pas beaucoup bougé au cours de sa vie. La petite expérience qu’il venait de vivre lui prouva qu’il aurait aimé ça bien plus qu’il ne l’aurait cru, mais ce qui était fait…

            Comme à chaque fois, plusieurs autres membres du groupe de discussion vinrent partager leurs expériences propres avec celle que Harry avait vécu la semaine passée. Avec la diversité du groupe il y avait de quoi faire en chaque occasion. L’échantillon du jour semblait assez disparate mais il y avait quelques érudits qui semblaient en connaître un gros morceaux sur l’Afrique et ses peuples et, de fil en aiguille, Harry se tourna vers ce Français qui devait au moins être docteur en ethnologie et finit par lui demander s’il avait déjà vu l’objet de ses recherches actuelles. L’internaute parisien commença par demander à l’écossais pourquoi il sautait ainsi du coq à l’âne, quel rapport y avait-il entre la Scandinavie et le Niger. Harry ne savait même pas de quel rapport ils parlaient ensemble. Pour lui, l’objet était une sorte de fétiche, un gri-gri quelconque qui aurait pu être aussi bien d’origine aborigène qu’inuit. La signification de ce genre de sablier renversé avait-elle un sens pour lui? C’est ça qui l’intéressait et pas les railleries de son correspondant. Harry reçut enfin la réponse tant attendue. Une rune. « Comme sur les tricots de tante Rose » songea-t-il en se laissant bercer par ses rêves qui le ramenèrent, une fois de plus bien des années en arrière dans la petite maison de sa Tante Rose…

 

- Tante Rose, tu tricotes encore un gilet? Demanda le petit Harry du haut de ses onze ans.

- J’adore faire ça.

- Mais pourquoi tu fais toujours les mêmes dessins sur les pulls et les gilets?

- Ce sont mes motifs préférés, c’est une vieille dame que j’ai connue lorsque j’étais petite qui m’a appris cette façon de tricoter.

- Mais tu ne veux pas essayer autre chose?

- Non. Répondit-elle en regardant son œuvre avec un petit sourire.

- Tante Rose?

- Oui.

- C’était qui cette dame qui t’a appris?

- Elle est morte depuis longtemps, elle venait d’une île, loin d’ici, au nord.

 

            Le petit Harry regardait sa tante Rose avec affection, elle aussi rêvait en tricotant, elle aussi repensait à son enfance en accomplissant ce geste qui lui rappelait de douces années…

 

II

 

            Il y avait assez de place dans la maison de St Magnus Street pour accueillir des visiteurs, Harry avait préparé avec soin la chambre d’amis. Une chambre qui n’avait pas servi mais qu’il avait fait aménagé avec une salle de bains et toilettes privatives. Lance et Mégane s’y trouvèrent à l’aise dès leur arrivée. Le port n’était pas loin mais Harry avait ressorti sa vieille guimbarde pour aller les récupérer au débarcadère de Lerwick. Il ne voulait pas que son vieil ami, qu’il savait gravement malade, se fatigue de trop. Harry constata avec plaisir qu’en l’espace de deux jours celui-ci avait repris des couleurs et semblait aller beaucoup mieux. Le fait de se retrouver aux Shetlands devait faire beaucoup de bien à Lance même s’il était natif de Perth, il se sentait comme chez lui, de retour au pays.

            Depuis qu’ils avaient cessé leurs activités humanitaires, Mégane et son compagnon prenaient le temps de s’occuper d’eux et de prendre un maximum de repos après plusieurs décennies de travail quasiment ininterrompu. Chaque matin, ils se levaient bien après le maître des lieux qui en profitait pour leur préparer un petit déjeuner bien costaud comme ils en prenaient pendant leurs jeunes années. Le fameux « full scottish breakfast. » Pour rendre les choses encore plus agréables, Harry s’éclipsait toujours pour permettre au couple de prendre leur repas en tête à tête prétextant une montagne de travail. Ce qui n’était pas tout à fait faux. Car Harry, depuis la révélation de la signification de la pierre de Myriam, s’était lancé à fond dans l’étude des runes aussi, lorsque Mégane lui demanda pour la énième fois de rester avec elle et Lance pour prendre un thé, il n’eut d’autre choix que de prouver qu’il était bien accaparé par un travail passionnant et prenant.

 

- Mes chers amis, cette pierre de Myriam représente une rune et elle exprime la pureté, la perfection que nous devons atteindre dans nos vies. J’essaye depuis de trouver un élément qui pourrait m’aider à comprendre tout ceci. Je connais la date et le lieu mais je ne sais rien d’autre, il faut que je trouve. Je ne peux tout de même pas me rendre là-bas sans savoir quoi faire!

- Mais Myriam t’a seulement parlé de préserver la tradition, elle-même visiblement ne s’est jamais posée trop de questions sur le pourquoi, tu ne devrais pas en faire autant? Questionna Lance.

- Te connaissant Lance, tu es comme moi, un insatiable curieux qui a absolument besoin de faire des recherches pour en savoir davantage, n’est ce pas? Reconnais que ce serait incroyablement excitant d’aller plus loin dans l’histoire. Qu’en penses-tu? Savoir ce qui se cache derrière tout ça.

 

            Lance dut reconnaître que sa curiosité était aussi grande que celle de Harry et il demanda à ce dernier de lui faire un petit topo sur ses découvertes, mais malheureusement, il en fut pour ses frais, Harry n’avait rien trouvé. Rien du tout. Pas le moindre élément qui lui aurait donné un début de piste. Il ne s’était pas découragé et pour tout dire l’arrivée de son vieux complice de chambrée lui avait donné l’espoir qu’à eux deux, les brillants cerveaux conjugués puissent faire avancer les choses.

 

- Mais enfin Harry! Si j’ai bien compris jusqu’à présent, depuis que tu as succédé à Myriam tu t’es retrouvé doté de pouvoirs, n’est ce pas? Relança Mégane.

 

            Harry acquiesça avec une petite expression de doute du genre « il semblerait. »

 

- Alors, dans ce cas, pourquoi n’essayes-tu pas de rentrer en contact et de demander tout simplement les réponses à tes questions?

- J’ai bien essayé, mais je n’ai obtenu aucune réponse. Ce que je sais, je l’ai appris par moi-même ou par les indices que m’a laissés Myriam et pour le reste ce sont mes amis « surfeurs » à travers le monde qui m’ont éclairé sur certains points.

- Oui nous savons que nous devons aller à Fair Isle et nous devons y être pour la mi-octobre. Conclut Lance avant de reprendre. Cette pierre que t’a remise Myriam n’a donc aucune utilité, nous sommes d’accord!

- Comment ça, aucune utilité? Demanda Harry.

- Elle symbolise juste que tu es le gardien de notre confrérie si je puis dire, rien d’autre…?

- Il y aurait bien quelque chose, mais je ne sais pas comment m‘y prendre.

- Que veux-tu dire?

- Les runes étaient un alphabet, un moyen de communiquer, elles étaient aussi un art divinatoire réservé à certains initiés, elles avaient donc le pouvoir de communiquer avec celui qui était capable d’établir un contact avec elles. J’ai lu ça dans un des articles.

- Oui mais ça c’est de la science-fiction mon ami, des histoires de…

- Attention à ce que tu vas dire mon cher Lance. Interrompit Mégane.

- Science-fiction? Et la nuit du 4 mai 1965, c’était de la science-fiction? Reprit Harry, une pointe d’exaspération dans la voix.

- D’accord ne nous énervons pas. Tu n’as qu’à commencer par le commencement, essaye de lui « parler » par exemple.

 

            Harry fronça les sourcils, Lance sourit. Sans plus attendre, il se rendit dans la pièce à côté, son bureau. Lorsqu’il était chez lui il ne portait pas systématiquement la pierre sacrée sur lui et pour l’heure, elle était rangée dans un tiroir soigneusement à l’abri dans sa petite boite. Il la saisit et alla rejoindre Lance au salon où ils prirent place dans les confortables fauteuils.

            Harry laissa d’abord son cœur se calmer, le sursaut provoqué par l’idée suggérée par son ami lui avait envoyé une forte dose d’adrénaline dans le sang. Il ferma lentement les yeux et joignit ses mains devant sa bouche, comme pour prier avec la rune prisonnière entre les paumes. Il prit la peine de se concentrer en essayant de focaliser son esprit sur des images ou des sentiments mais rien ne vint. Il persévéra. Lance et Mégane restèrent sans broncher, attendant que quelque chose se passe. De temps en temps, Harry donnait des signes de faiblesses en murmurant « je ne ressens rien…ça ne sert à rien… » à quoi Lance répondait « courage, n’abandonne pas encore… »

            Le premier quart d’heure parut une éternité, pour Harry qui doutait de plus en plus et qui perdait patience et pour Mégane qui était vraiment dubitative. Lance lui, attentait patiemment, sûr que quelque chose allait se passer. Harry finit par relâcher la tension.

 

- Il me faut une aide, quelque chose. Lança-t-il regardant son ami qui lui sourit.

- Notre vieil ami? Répondit Lance alors que sa compagne ne comprenait pas.

- De qui parlez-vous? Demanda-t-elle.

- De Wolfgang! Où sont tes disques? Harry répondit d’un signe de tête pour indiquer la direction.

 

            L’Andante Cantabile de la symphonie Jupiter commença à résonner dans la pièce et Harry se plongea à nouveau dans sa méditation. Le système se révéla efficace, comme lors de leurs examens quand il travaillaient tous les deux, ils s’isolaient du monde pour focaliser toute leur attention sur ce qui était important. Ce n’est qu’au bout de deux petites minutes que Harry commença à sentir la pierre polie chauffer entre ses mains, lorsque le phénomène se produisit il se demanda légitimement si ce n’était une illusion tactile, qu’à force d’avoir tenu cette rune si fort, il ne lui avait pas transmis sa propre chaleur? Mais non, c’était le contraire, la pierre était en train de donner sa chaleur, la température commença à augmenter, de plus en plus, jusqu’à provoquer une douleur, Harry se mit à se plaindre de cette douleur mais sans pouvoir l’exprimer avec des mots. Lance et sa compagne continuèrent à observer, impuissants. Puis Harry finit par se lever brutalement et ses bras se projetèrent en avant et se tendirent de plus en plus, son visage se crispa, il serra les dents, il faisait visiblement face à une terrible douleur quand brutalement, n’en pouvant plus, il finit par lâcher la pierre qui roula comme si de rien n’était, sur le sol, tel un vulgaire caillou pendant que Harry poussa un cri avant de s’affaler à nouveau dans son fauteuil, complètement essoufflé et perlant de sueur.

 

- Alors tu as vu quelque chose? Demanda Mégane.

- Rien du tout, je n’ai rien vu et rien entendu, j’ai juste ressenti…non c’est ridicule…

- Quoi? Parle Harry! Insista Lance.

- J’ai eu envie…de pleurer, je ressentais une forme de tristesse, de manque…

- Tu as eu envie de pleurer? Mais…à cause de la douleur? Interrogea Lance.

- Non, comme si j’étais malheureux…

 

            Une fois de plus le puissant calculateur naturel de Lance se mit en route, il demanda à avoir accès à la très complète bibliothèque de son ami qui se trouvait dans le bureau. Harry avait soigneusement classé l’ensemble des ouvrages qu’il possédait. Ses lectures étaient principalement scientifiques et concernaient la culture générale ou les arts. Il y avait aussi quelques classiques et une dizaine de romans, mais guère plus.

            Comme Lance ne semblait pas s’en sortir, Harry lui proposa son aide.

 

- Dis-moi ce que tu cherches…

- Un atlas, tu as bien un atlas? Un bon scientifique à toujours un atlas!

- Non, j’en ai douze mon ami, et ils sont si grands pour certains que tu ne les as même pas vus, alors que tu viens de passer devant deux fois.

 

            Harry, avec un petit sourire en coin avait rejoint Lance et lui indiqua l’étagère à consulter. Ce dernier les passa en revue, un après l’autre, il se doutait bien qu’il en trouverait un détaillé sur les îles Shetlands. Depuis son arrivée, Harry ne tarissait pas sur ce qui était devenue sa nouvelle patrie depuis plus de quarante ans.

            D’après les gestes de Harry, pendant ce que Mégane appelait déjà une transe, Lance avait eu la nette impression que son ami avait indiqué une direction bien précise lorsqu’il s’était levé et que ses bras s’étaient tendus. Ayant un phénoménal sens de l’orientation, lorsqu’il mit enfin la main sur une carte détaillée des îles, il plaça cette dernière dans la position géographiquement exacte, directement à même le sol.

 

- Mais il n’y a rien dans cette direction! S’exclama Harry.

- Minute mon vieux, attends un peu…c’est quoi ça? Demanda Lance.

- C’est écrit! Tu ne sais plus lire? C’est une des Shetlands qui porte le doux nom de « Mousa » et je peux déjà te dire qu’il n’y a absolument rien là-bas, même pas un arbre, pas une maison…à part…ha! Harry souriait.

- A part quoi? Interrogea Lance se faisant pressant.

- Un « Broch. »

- Un quoi?

- Un « Broch » le fameux « Broch de Mousa » Ce sont des constructions de l’âge de fer je crois, ce sont les Pictes qui les ont construits, il y en a un peu partout aux Orcades et aux Shetlands, personne ne sait vraiment à quoi ils ont pu servir. Ils ressemblent à de grandes tours avec une forme un peu bizarre, je n’en sais pas plus.

- Nous allons nous y rendre! Ordonna Lance.

- Mais ce n’est pas sur cette île que nous sommes attendus! Et puis tu es sûr de te souvenir précisément quelle direction j’ai indiqué? Sur une distance pareille nous aurons vite fait de nous tromper. Tiens, par exemple, Fair Isle où nous devons nous rendre est bien plus loin au sud mais de quelques minutes à l’ouest de Mousa. Harry indiquait sur la carte les deux îles. Sur cette distance vingt à trente minutes d’arc, c’est un centimètre ici.

- Tu as raison. Dis-moi Harry, comment les Scandinaves utilisaient-ils les runes?

- D’après mes lectures, une prêtresse ou quelque chose du genre, faisait trois tours au-dessus d’un emplacement et lâchaient les pierres, en fonction de leurs positions, elle interprétait le message.

- Vas-y! Ordonna Lance à nouveau.

- Quoi?

- Vas-y, je te dis. Qu’est-ce que tu as à perdre?

 

            L’air de se demander si son ami commençait à divaguer, Harry saisit la rune entre ses mains, tourna trois fois au-dessus de la carte et la libéra. Les trois attendirent figés, le résultat. Mais la pierre atterrit en pleine mer, entre la Norvège et les Shetlands. Déception. La pierre tourna.

 

- Tu as vu? Elle indique quelque chose sur la carte! Dit Mégane toute excitée.

- Recommence Harry!

 

            Une deuxième fois,la pierre sacrée fut larguée sur la carte, et une deuxième fois elle tourna toute seule après s’être immobilisée. Mais elle ne semblait rien indiquer sur la carte. Lance avait pris soin de faire pivoter cette dernière pour vérifier. « Aidez-nous » songea Harry.

 

- Ne nous focalisons pas sur la carte.

- Que veux-tu dire Mégane? Demanda Lance.

- Il faut repenser à ta première théorie, elle n’indique rien sur cette carte, mais ici dans le monde réel. Il faut faire pivoter la carte pour la mettre exactement dans la position où nous sommes dans la réalité, ainsi nous saurons ce qu’elle indique.

 

            Harry, pour vérifier, poussa du doigt la pierre pour la faire indiquer une autre direction, mais elle reprit sa place comme l’aiguille d’une boussole. Puis ensemble ils firent pivoter la carte.

 

- Et voilà, je l’avais bien dit! Lance avait le sourire triomphant.

 

III

 

            Avant que Harry ne puisse émettre la moindre objection, les trois amis se mirent en route. Lance avait la conviction qu’il fallait se rendre sur cette île qui, comme toutes les îles de cette zone avait été habitée par les Pictes dans l’antiquité puis conquises par les Vikings venus de Norvège au Moyen-Âge. Il fallait une demi-heure pour se rendre plus au sud de Mainland et trouver un bateau qui permette de rallier la petite île. Un petit bout de rocher à peu près plat de cent quatre vingt six hectares, couvert de cette petite végétation qui n’excède pas plus de quelques centimètres de hauteur et qui couvre la totalité de l’archipel.

            La plupart des Broch, vu leur âge respectable et leur situation géographique avaient été sérieusement malmenés par les guerres et les invasions. Celui qui ornait l’île de Mousa était dans un état exceptionnel de conservation. Non seulement il était relativement récent (un peu moins de deux mille ans) mais en plus il avait été construit à un endroit peu digne d’intérêt d’un point de vue militaire. Il n’avait donc pas eu à subir les assauts des ennemis ce qui expliquait qu’il se dressait toujours fièrement à treize mètres du sol et que l’on pouvait parfaitement le visiter.

            Ces constructions particulières étaient principalement faites d’une double paroi circulaire. Entre ces deux murs se trouvait un escalier de pierres plates en colimaçon qui permettait d’accéder au sommet du broch qui offrait, malgré la faible altitude, une vue splendide sur l’océan, l’îlot et Mainland. Mais le plus intéressant était que le sous-sol d’un Broch était en principe un réservoir d’eau creusé dans la roche et le même escalier en colimaçon qui permettait d’accéder en haut de la construction, autorisait aussi la descente dans ce réservoir. Harry, Lance et Mégane avaient gravi les marches de la vénérable tour et admiraient le paysage. La pierre sacrée avait été emportée et rangée dans la boite que Harry portait en pendentif autour de son cou. Alors que rien ne semblait se passer, la boite commença à faire sentir sa présence par une douce chaleur qui passa au travers des vêtements de Harry qui ne tarda pas à l’ouvrir pour en extraire la rune.

 

- Tu ressens quelque chose? Interrogea Lance.

 

            Harry acquiesça silencieusement.

 

- Il faut descendre!

- Quoi? Dans le réservoir d’eau? Mais nous ne sommes pas équipés pour faire de la plongée! Objecta Lance.

- Il est sec. Nous pouvons y aller. Que dis-je, nous devons y aller! Tu avais raison Lance mon ami. Comment n’y avais-je pas songé plus tôt? Les Vikings ont vécu ici pendant longtemps.

 

            Au fur et à mesure qu’ils descendirent, la lumière se fit plus rare et la rune se mit à briller proportionnellement de manière à fournir l’éclairage suffisant. Non seulement, les murs qui entouraient l’escalier semblaient se fondre dans le noir, comme si les compagnons ne marchaient déjà plus dans ce monde, mais en plus le bruit du vent qui s’engouffrait dans le Broch et entre les parois se transforma en une inquiétante musique. Comme le son grave et envoûtant d’une flûte du désert.

            Arrivés au bas de l’escalier, les trois compagnons se retrouvèrent dans un endroit qui semblait ne pas avoir de limite, l’éclairage de la rune leur permettait de ne pas trébucher sur un obstacle, mais n’était pas assez conséquent pour éclairer les parois du réservoir. Harry, après un instant de brève hésitation se mit à marcher lentement dans une direction en suivant son instinct sans se poser de question. Ils marchèrent ainsi pendant plusieurs minutes, de longues minutes, alors qu’il suffisait de quelques secondes pour aller d’un mur à l’autre. Ils marchèrent ainsi jusqu’à ce que la pierre sacrée se mit à briller avec une telle intensité qu’elle finit par emplir d’une éclatante lumière, une grande salle qui semblait être la pièce principale d’une sorte de temple, dans laquelle se trouvait du mobilier en bois assez bien conservé et qui était de toute évidence de facture Viking. Les murs de la pièce étaient décorés de graffitis. Des runes, des personnages, des bateaux. Des scènes de vies qui racontaient le périple de leur village d’origine jusqu’à Mousa, et des scènes qui décrivaient visiblement des cérémonies sacrées.

            Harry, Lance et Mégane se sentirent submergés par l’émotion, une larme perla sur la joue de Harry. Il se sentait particulièrement honoré et fier d’appartenir à la confrérie.

 

- Harry! Tu crois que ceci à quelque chose à voir avec la Tradition? Questionna Mégane.

- …C’est ici que tout a commencé. Répondit-il tout en s’avançant vers le centre de la pièce où se trouvait un autel de pierre qui présentait en son sommet, une petite cavité qui semblait attendre l’objet qui avait été façonné pour y prendre place.

 

            Harry reconnut immédiatement la forme arrondie et parfaite de la rune et il la déposa dans la petite cavité. Effectivement, elle avait été conçue pour cela et elle continua à éclairer la pièce comme en plein jour. Sitôt sise dans la cavité prévue, la lumière augmenta encore en intensité et ils virent que les murs avaient été ornés par de véritables fresques qui racontaient une histoire. Là un dessin qui représentait visiblement l’île de Mousa couverte par un voile lumineux immense. Là encore, une assemblée d’hommes et de femmes assis à même le sol autour d’un feu et là enfin, le plus stupéfiant de tout : le visage d’une femme qu’ils connaissaient bien, le visage de Myriam.

 

- Seigneur! Lâcha Lance abasourdi.

- Harry regarde ça, penses-tu à la même chose que moi? Demanda Mégane.

- Oui c’est elle, indiscutablement! Confirma Harry.

- Mais comment est-ce possible? Interrogea Mégane.

- Myriam chez les Juifs et les Musulmans, Marie chez les Chrétiens, c’est incroyable. D’après ce qui est écrit là, elle apparaît à chaque fois que le besoin s’en fait sentir.

- Mais elle a passé tellement d’années dans l’appartement de Duncan. Interrogea Lance.

- Oui mais d’après ce que je comprends sur ces dessins, nous venons tous d’un endroit et nous sommes destinés à y retourner. Je pense que Myriam est comme nous.

- Que veux-tu dire? Demanda Mégane.

- Nous venons de là-bas, je ne sais pas comment ça s’appelle, mais je n’ai aucun souvenir d’être venu de cet endroit, et vous?

 

            Bien sûr, les autres confirmèrent que eux aussi n’avaient aucun souvenir de ce fameux endroit. Pour Myriam cela devait être pareil.

            Contre une des parois de la pièce se trouvait une sorte de trône, sans doute la place du chef ou d’une sorte de guide spirituel peut-être…

 

- A mon avis ceci est la place du gardien de la confrérie. Proposa Lance.

- Tu as raison. Confirma Harry tout en se dirigeant vers le siège qui semblait l’aimanter.

 

            Il s’arrêta net juste devant et posa délicatement une main sur un des accoudoirs, sentant la douceur du bois poli par le temps. Après y avoir pris place, le visage de Harry changea. Son expression devint lourde et grave. Et il se mit à parler avec une voix qui n’était pas la sienne, une voix sombre et douce à la fois. Son verbe se fit lent, et presque monotone. Sur le moment on aurait pu croire que Harry était devenu subitement très vieux.

 

- Ce lieu est si chargé, si lourd. La puissance qui s’en dégage, je la ressens. Puis Harry releva la tête et regarda ses compagnons. Ô Frère et Sœur n’ayez crainte, c’est bien moi vôtre vieil ami qui vous parle. Je crois que je suis là, en contact avec la mémoire de ce lieu et de la Confrérie. Ils font partie de moi, je les sens en moi. J’ai…tous leurs souvenirs qui se bousculent en moi. Je nous vois sur notre kaugskip ramant pour aller commercer avec de nouveaux peuples. Nous partîmes, il y a plus de dix siècles, quittant nos villages et nos familles pour aller chercher fortune et aventure. Cet endroit est nôtre, il est sacré et secret et doit le rester. Personne n’est venu ici depuis des lustres et personne n’aurait du y venir. Le souvenir même de son existence aurait du se perdre dans la nuit des temps. Mais notre curiosité naturelle a brisé cet oubli. Nous ne parlerons à personne de ce que nous savons, même aux autres membres, ce serait trop dangereux. Prenons garde en quittant cet endroit sacré de bien repartir avec la rune. Observez le pied de l’autel…

 

            Autour du pied de l’autel qui portait à présent Dagaz qui éclaire de son feu sacré se trouvait vingt trois autres runes, chacune présente sur une pierre ayant rigoureusement la même forme que les autres, toutes logées dans des cavités individuelles ayant la même forme que la cavité supérieure de l’autel où se trouvait la rune du feu sacré et de la lumière. Il y avait bien vingt trois runes, mais vingt quatre cavités, au pied de l’autel. Harry révéla que le chemin de la Confrérie suivait la route de la rune qui trônait sur l’autel. Il était donc impossible de la laisser sans surveillance, c’est pour cette raison que le gardien devait la garder précieusement car, si un esprit malveillant arrivait jusqu’à cet endroit sacré, il pourrait mettre Dagaz à sa place au pied de l’autel et y substituer une autre rune, ce qui pourrait avoir de graves conséquences : Isa, le malheur, Eihwaz, la mort…

 

- Mais pourquoi cet endroit Harry? Demanda Lance.

- Nos anciens partirent de la Norvège. Une expédition échoua ici, à Mousa. L’île était habitée comme le reste de l’archipel. Ils arrivèrent désarmés et sans rien avec eux, ils avaient perdu tous leurs biens au cours du naufrage. Vivres et armes avaient été emportés par la mer. Ceci se déroula bien avant l’arrivée officielle des Vikings. Les habitants de l’île, qui n’étaient pas belliqueux de nature, offrirent soins et hospitalité. Bien que n’étant pas très riches, les autochtones firent tout ce qui était en leur pouvoir pour remettre les marins scandinaves sur pied aussi rapidement que possible. Chose qui à cette époque n’était pas très courante. Au début, les naufragés eurent du mal à comprendre cette attitude et à admettre l’aide qu’on leur apportait. C’était une race fière et conquérante mais, la faim et le froid finirent par avoir raison de leur entêtement et un véritable lien naquit entre les deux peuples. Chacun garda ses traditions, sa culture et ses croyances. Dans leur société, les Vikings aimaient se réunir et raconter leurs sagas autour d’un feu et lorsqu’ils se livraient à ce rituel, ils préféraient s’isoler des autres. Ils tenaient à maintenir cette tradition dans un état de pureté. L’île, bien que petite, était assez étendue pour assurer un minimum d’intimité à qui en avait besoin. Un soir, les naufragés se réunirent pour tenir conseil, la nuit. C’était une de ces nuits au cours de laquelle des phénomènes bizarres peuvent se produire sous ces latitudes. Des phénomènes qui, en ces époques reculées pouvaient inspirer la crainte ou le respect et qui aujourd’hui sont parfaitement expliqués. C’est ce soir là qu’eut lieu la première initiation, presque par accident…

 

            Les trois amis ressortirent du Broch sans savoir combien de temps ils y avaient passé. Vu la position du soleil dans le ciel, il se pouvait bien que la visite ait duré tout le reste de journée de la veille ainsi que la nuit qui suivit. Des touristes qui étaient là depuis une bonne heure virent sortir Harry et ses compagnons du sous-sol comprenant avec un certain plaisir que la visite ne se limiterait pas à se promener au sommet de la construction néolithique. Le guide, par contre, ne put cacher sa stupéfaction. Les touristes étaient accompagnés par un vieil Écossais qui ne put s’empêcher de demander aux trois explorateurs du dimanche ce qu’ils avaient bien pu faire là en bas tout ce temps vu qu’eux-mêmes étaient déjà là depuis au moins une heure.

 

- Nous avons visité le réservoir. Répondit Mégane.

- Mais il n’y a rien à voir là-dedans!

- C’est pourtant immense!

- Immense? Le vieil Écossais dévisagea Mégane ainsi que les autres. S’ils n’avaient pas été visiblement d’un âge respectable, il aurait volontiers parié qu’ils étaient sous l’emprise d’une quelconque substance.

 

            Harry préféra ne pas relever et quitta les lieux avec ses amis.

 

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